Tentative de réalisation d’une œuvre réellement subjective

trilogie #3

TEXTE ET MISE EN SCÈNE - JÉRÉMIE FABRE

Troisième volet de la trilogie théâtrale au centre du projet L’invention de Moi, cette pièce, à l’état de brouillon, est en cours d’écriture. Sa première version a été accompagnée par le collectif A Mots Découverts en 2012.

« La nuit venue, j’ai chargé les corps dans le coffre de la 205, et je me suis mise en route. J’ai roulé deux longues heures dans la campagne, avec les quelques mètres éclairés par les phares comme unique horizon. Ces routes que l’on trouve interminables et qui vous rappellent toujours quelque chose. Ces routes où notre père gueulait les soirs de retours, les horribles soirs de retours. Et sur le siège passager, le corps inerte de mon frère, et moi qui serre le volant de toutes mes forces, et qui ne retient même pas mes sanglots. C’était fini. Les tragédies n’arrivent pas qu’aux autres. Au petit matin, garée sur le bord de la route, j’ai balancé les cadavres  dans le ravin, celui de mon frère et celui de sa femme, et celui du ministre. Ils n’ont pas fait plus de bruit qu’une grosse pierre qu’on jette dans les broussailles. Puis j’ai laissé la portière ouverte pour servir de paravent, j’ai baissé ma culotte, et je me suis accroupie pour pisser dans l’herbe mouillée. » (Extrait du brouillon)